L'enseignement des langues régionales à l'école. Depuis quand ?

L'enseignement des langues régionales à l'école remonte au début du siècle dernier. En 1900, le provençal (un dialecte de l'occitan) fût autorisé dans les examens de licence des facultés du Midi. En 1941, l'arrêté Carcopino entr'ouvre la porte à l'enseignement des « langues dialectales » (suivant la terminologie de l'époque) dans les écoles primaires. En 1951, la fameuse loi Deixonne permet enfin l'enseignement des langues régionales à l'école primaire.

Depuis, la place des langues régionales n'a cessé de croître à tous les niveaux de l'enseignement.

 

Pourquoi les enseigner ?

Dans un monde globalisé où les questions d'identité prennent une place de plus en plus importante, l'enseignement des langues régionales, sur leur territoire historique, acquière une nouvelle légitimité. Et ce pour diverses raisons :

 

Mieux se connaître soi-même
Dans le monde actuel globalisé, mieux se connaître soi-même, mieux connaître ses racines permet de mieux appréhender l'autre et surtout de mieux s'enraciner dans une histoire et un territoire.

Les langues régionales, même si elles sont beaucoup moins pratiquées qu'autrefois, affleurent toujours dans les noms de famille, la toponymie, les « français régionaux », les accents, le rapport aux générations plus anciennes. Maîtriser une langue régionale est un atout pour l'enfant en construction. Un enfant enraciné dans son environnement est un enfant heureux et équilibré.

 

La question de la « réparation »

En France, le français n'est pas une langue neutre dont la généralisation se serait historiquement faite dans la concorde générale. Son imposition a été l'objet de coercitions, notamment dans le milieu scolaire, et a conduit à une certaine violence identitaire à l'égard des enfants, notamment en Bretagne. Il ne s'agit pas de juger cette période et ses acteurs a posteriori mais de rappeler que, de nos jours, ces atteintes à la dignité humaine sont condamnées par le droit international.

Apprendre une langue régionale à l'école permet d'apaiser ces tensions historiques parfois inscrites dans la mémoire familiale et de prévenir les crises et replis identitaires qui surgissent même plusieurs générations après.

La « réparation historique» à l'égard des langues et cultures régionales a une fonction symbolique essentielle : Ne pas parler SA langue, la langue de son territoire, c'est comme vivre tout le temps à l'hôtel. Les lieux sont propres, fonctionnels mais on n'est jamais vraiment chez soi.

 

Le plurilinguisme
Toutes les préconisations européennes et les travaux scientifiques s'accordent pour reconnaître que l'apprentissage précoce d'une ou plusieurs langues favorise l'acquisition ultérieure d'autres langues.

 

Il est de coutume de dire que « les Français sont nuls en langues ». On affirme même que pour les langues il faut avoir un don particulier, pourtant le plurilinguisme est une aptitude naturelle des humains. Dans l'immense majorité des pays du monde, le multilinguisme est un fait de société. En Europe, les pays du Nord et de l'Est ont, sur ce point, une avance considérable et une vision apaisée du plurilinguisme. Rappelons que la « petite » Suisse compte 4 langues officielles !

Les langues régionales constituent une porte d'entrée directe au plurilinguisme. De surcroît, le fait de connaître précocément plusieurs langues permet d'acquérir des compétences particulières en matière de comparaisons de grammaire, de lexique. Un enfant connaissant le français et le gallo aura plus de facilités à appréhender les langues néo-latines comme l'espagnol, le portugais ou l'italien. Certaines caractéristiques du gallo se retrouvant dans ces langues alors qu'elles sont absentes du français (« Dede » gallo/ « desde » espagnol, « chapèu » gallo / Chapèu portugais, ...)

 

Le transfert positif de compétences linguistiques et orthographiques est un phénomène fréquent chez les plurilingues. C’est un principe psychopédagogique de base : on apprend ce qu’est une chose en la comparant à une autre.

 

L’utilité sociale

Certains affirment qu'il est « trop tard » pour les langues régionales et qu'elles n'ont plus d'utilités sociales. Or ces langues sont loin d'être éteintes notamment en milieu rural et surtout elles connaissent un renouveau spectaculaire partout en Europe !

Aujourd'hui, on crée des emplois en langue régionale, on produit de l'économie en langue régionale et celles-ci deviennent un plus dans l'aréopage des compétences demandées pour postuler à certains emplois. Le breton en est l'exemple frappant : depuis quelques années parler breton est considéré comme un plus dans certains secteurs économiques, aujourd'hui le gallo connaît un début de reconnaissance dans le monde du travail à son tour.

 

Comment enseigner les langues régionales ?

 

Les langues régionales ne sont pas des langues « hors-sol ». Elles s'inscrivent dans un environnement culturel immédiat. L'enseignement des langues régionales aux enfants de primaire mobilise donc tout un ensemble d'entrée pour permettre à l'enfant de s'approprier plus intimement la langue. Dialogue et échange permanent avec les parents, grands-parents ou le voisinage locuteur de l'enfant, jeux de rôle, pièces de théâtre, introduction d'éléments culturels faisant partie du quotidien de l'élève, étude de la toponymie et des noms de famille, chants, l'accent est mis sur la proximité culturelle et la dynamique.

Aux premiers âges on apprend plus facilement une langue régionale que l'anglais ou l'allemand car une langue régionale s'inscrit plus facilement dans l'histoire personnelle de la famille, du territoire.

 

Pour reprendre une comparaison avec une problématique voisine : Les langues régionales ne sont pas des langues « hors-sol » mais bien des langues « bios » !